Samedi 13 décembre 2008

Posté dimanche 14 décembre 2008 - 5h TU, 2h local.

La journée a commencé par un magnifique spécimen de grain. Depuis quelques jours nous nous étions habitués aux averses passant deci delà, quelques fois dessus. Mais rien de méchant, une légère accélération du vent et quelques gouttes.

Un peu après le lever du jour, une énorme masse nuageuse est apparue dans notre arrière barrant l'horizon. Garde le spi, garde pas ?? On y va ! c'est plutôt gros ! et le spi, il n'y en a plus de réserve, on y tient !! Manoeuvre avec déjà 25 nds de vent, un peu dur pour Isabelle de larguer d'une main pendant que je suis à l'avant pour rentrer la bête dans sa chaussette (voir récit du 1/12). Il est dans son sac !! Quelques rafales à 30 nds, puis grosse pluie, le vent tombe tout de suite à 15 nds et la mer s'aplatit sous la pression des cataractes, toutes sont à l'abri à l'intérieur, je reste dehors en veste de ciré (maillot de bain, tee-shirt) pour surveiller et régler le bateau. Le vent tourne, tombe, mais la pluie continue de l'ordre de 10mm en 3/4 minutes. Cela va durer une petite heure avec plus ou moins d'eau, pour le vent c'est fini pour la journée !!

A cette distance, nous avons l'autonomie en gasoil pour rallier la terre... la vitesse est tombée sous les 2 nds... Moteur !!

Pause déjeuner pour les oreilles, puis c'est reparti au moteur...


Vers 17h local (20h TU, 21h en France), le vent revient pour 8/10 nds. Envoi du spi, arrêt du moteur, le vent s'est renforcé à 10/15 nds à la tombée de la nuit, nous sommes toujours sous Spi.

Position le 14/12/08 à 4h40 TU : 12°28,280N 58°40,200W


Nous sommes passés sous la barre des 200 milles, reste 140 miles à 5h40 TU, plus au moins 24 heures selon le vent.
Mais il est impossible d'arriver de nuit dans les Grenadines. En mer, le danger c'est la terre !! Nous devons donc gérer l'arrivée de jour, quitte à attendre au large, probablement jusqu'à lundi matin, avec une nuit plus éprouvante à cause du trafic, à surveiller de près !!

C'est que cela surprend, au moment de passer à table, un feu sur l'avant pour 2/3 miles. Les filles sautent sur l'AIS : rien, ce n'est pas un cargo !! On ressort les jumelles : un rouge, deux blancs, un rouge... d'après ces feux c'est un bateau de pêche !! Il passe à moins de 2 miles, contact radio, ils viennent de la Barbade (60 miles) et nous souhaitent la bienvenue aux Antilles dans un anglais... coloré !! Ils naviguent à deux bateaux, l'autre étant passé un peu plus loin sur tribord.

Avant de retrouver la civilisation avec ces éclaireurs pécheurs, nous avons fait une séance défoulement, genre boum du samedi soir. Musique à fond (tambour du Burundi), cris et gesticulations pour que s'exprime notre envie d'arriver !! A voir nos filles, il nous parait préférable de faire ça là, on pourrait nous prendre pour des fous, une fois à terre !!

C'est le moment de vous parler de notre organisation des quarts. La règle veut qu'il y ait toujours une vigie sur un bâtiment en mer. Il y a pratiquement autant de façon d'organiser les choses que de bateau, ni meilleure  ni pire, chacun doit y trouver son compte.
Dans notre cas, nous avons 24/24, un adulte responsable de la marche du bateau (cap, réglages, surveillance du trafic), par tranche de 6 heures. Soit Isabelle de 7h à 13h et de 19h à 1h et moi de 1h à 7h et de 13h à 19h. Si besoin, pour des manoeuvres par exemple, les deux sont sur le pont. Cela permet normalement de dormir une nuit de 6 heures. Dans les faits, Isabelle prend son quart à 19h, moment familial, musique, spectacle, dîner, tous ensemble. Je me couche avec les enfants (voir avant) à la fin du repas. Réveil à 1h, passage des consignes, Isabelle va se coucher (c'est là que je rédige pour le site, seul dans un bateau endormi). A 7/8 heures, Isabelle se lève, petit déjeuner en famille, puis début du CNED, je sieste une heure ou deux dans la matinée. 13h, je prends le relais, Isabelle sieste à son tour une ou deux heures. En fait dans la journée, nous répartissons les autres choses à faire (CNED, cuisine, pain, pêche, rangement, bricolage), l'important étant de conserver les temps de repos de jour. Et on recommence. Le défaut, c'est que nous nous croisons la nuit, et que les nuits de 6 heures (au mieux) sont courtes, l'avantage c'est que nous utilisons nos penchants naturels : je suis plutôt du matin, Isabelle du soir.
Mais bon, vivement une nuit complète, même si les premiers temps le rythme va rester et que l'on ira vérifier que les bateaux autour sont toujours à la même place, chacun son tour au milieu de la nuit !!!

Jean-Luc.

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